Je redécouvre...

Publié le par bouchine

Je redécouvre...Je redécouvre...

 

Je me replonge avec délectation dans ce monument de la littérature française,

entraînée par l'une de mes élèves dont le professeur de français a eu la bonne idée - enfin la petite n'est pas tout à fait de mon avis mais on sait tous qu'On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans ..- d’imposer la lecture de ce "classique".......

J'avoue qu'au départ, je m'imaginais (à bas les à prioris!" ) que le fait de se replonger dans ce "pavé" de Victor Hugo serait plutôt fastidieux ...Point du tout! Au contraire je me délecte !

J'ai attendu, impatiente, LA SCENE où Mr Madeleine alias Jean Valjean arrive et soulage Cosette croulant sous les lourds seaux remplis d'eau...

JVJ : Mon enfant. C’est bien lourd ce que vous portez là.

Cosette : Oui monsieur.

JVJ : Donne. Je vais te le porter. ( Il prend le seau ) C’est très lourd en effet. Petite. Quel âge as-tu ?

Cosette : Huit ans monsieur.

JVJ : Est-ce loin où tu vas ?

Cosette : A un bon quart d’heure d’ici.

JVJ : Tu n’as donc pas de mère.

Cosette : Je ne sais pas. Je ne crois pas. Les autres en ont, moi je n’en ai pas.

JVJ : Comment tu t’appelles ?

Cosette : Cosette monsieur. Monsieur ? Nous voilà tout près de la maison. Voulez-vous me laisser reprendre le seau à présent ?

JVJ : Pourquoi ?

Cosette : C’est que si madame voit qu’on me l’a porté, elle me battra. ..

Je m'indigne avec Marius de l'égoïsme de son grand-père Monsieur de Gillenormand royaliste intransigeant qui par un odieux chantage a interdit tout contact entre Marius et son père... J'ai le cœur meurtri à la lecture du passage tellement émouvant que je vous ai mis en page de garde et dont voici la version complète:

"En 1827, Marius venait d’atteindre ses dix-sept ans. Comme il rentrait un soir, il vit son grand-père qui tenait une lettre à la main.

– Marius, dit M. Gillenormand, tu partiras demain pour Vernon.

– Pourquoi? dit Marius.

– Pour voir ton père.

Marius eut un tremblement. Il avait songé à tout, excepté à ceci, qu’il pourrait un jour se faire qu’il eût à voir son père. Rien ne pouvait être pour lui plus inattendu, plus surprenant, et, disons-le, plus désagréable. C’était l’éloignement contraint au rapprochement. Ce n’était pas un chagrin, non, c’était une corvée.

Marius, outre ses motifs d’antipathie politique, était convaincu que son père, le sabreur, comme l’appelait M. Gillenormand dans ses jours de douceur, ne l’aimait pas; cela était évident, puisqu’il l’avait abandonné ainsi et laissé à d’autres. Ne se sentant point aimé, il n’aimait point. Rien de plus simple, se disait-il.

Il fut si stupéfait qu’il ne questionna pas M. Gillenormand. Le grand-père reprit :

– Il paraît qu’il est malade. Il te demande.

Et après un silence il ajouta :

– Pars demain matin. Je crois qu’il y a cour des Fontaines une voiture qui part à six heures et qui arrive le soir. Prends-la. Il dit que c’est pressé.

Puis il froissa la lettre et la mit dans sa poche.

Marius aurait pu partir le soir même et être près de son père le lendemain matin. Une diligence de la rue du Bouloy faisait à cette époque le voyage de Rouen la nuit et passait par Vemon. Ni M. Gillenormand ni Marius ne songèrent à s’informer.

Le lendemain, à la brune, Marius arrivait à Vernon. Les chandelles commençaient à s’allumer. Il demanda au premier passant venu : la maison de monsieur Pontmercy. Car dans sa pensée il était de l’avis de la restauration, et, lui non plus, ne reconnaissait son père ni baron ni colonel.

On lui indiqua le logis. Il sonna, une femme vint lui ouvrir, une petite lampe à la main.

– Monsieur Pontmercy? dit Marius.

La femme resta immobile.

– Est-ce ici? demanda Marius.

La femme fit de la tête un signe affirmatif.

– Pourrais-je lui parler?

La femme fit un signe négatif.

– Mais je suis son fils, reprit Marius. Il m’attend.

– Il ne vous attend plus, dit la femme.

Alors il s’aperçut qu’elle pleurait.

Elle lui désigna du doigt la porte d’une salle basse. Il entra.

Dans cette salle qu’éclairait une chandelle de suif posée sur la cheminée, il y avait trois hommes, un qui était debout, un qui était à genoux, et un qui était à terre et en chemise couché tout de son long sur le carreau. Celui qui était à terre était le colonel.

Les deux autres étaient un médecin et un prêtre qui priait.

Le colonel était depuis trois jours atteint d’une fièvre cérébrale. Au début de la maladie, ayant un mauvais pressentiment, il avait écrit à M. Gillenormand pour demander son fils. La maladie avait empiré. Le soir même de l’arrivée de Marius à Vernon, le colonel avait eu un accès de délire; il s’était levé de son lit malgré la servante, en criant : – Mon fils n’arrive pas! je vais au-devant de lui! – Puis il était sorti de sa chambre et était tombé sur le carreau de l’antichambre. Il venait d’expirer.

On avait appelé le médecin et le curé. Le médecin était arrivé trop tard, le curé était arrivé trop tard. Le fils aussi était arrivé trop tard.

A la clarté crépusculaire de la chandelle, on distinguait sur la joue du colonel gisant et pâle une grosse larme qui avait coulé de son œil mort. L’œil était éteint, mais la larme n’était pas séchée. Cette larme, c’était le retard de son fils.

Marius considéra cet homme qu’il voyait pour la première fois, et pour la dernière"

 

Je m'arrête là car si je m'écoutais je retranscrirais presque dans son intégralité  ce chef d’œuvre que j'adore !

Et vous, est-ce aussi l'un de vos romans favoris ?

Vous vous replongez aussi de temps en temps dans les classiques de nos années collège?

Dites-moi...

 

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Commenter cet article

Titene 25/05/2015 01:09

Je relierai bien cet œuvre de V.Hugo !!! #memories #school

Bernieshoot 17/05/2015 15:02

Une très belle re découverte

Bouchine 17/05/2015 15:53

Oui en effet

rideerieuse 16/05/2015 08:08

Quelle belle idée de relire Hugo. J'avoue ne pas l'avoir relu depuis le lycée. J'ai vu toutes les versions cinéma, mais ca compte pas. De mes années lycée, j'ai gardé en memoire Bazin, qui crachait du venin dans ses livres. A 16 ans, on aime bien et Zola pour ses fresques tellement realistes, on retrouve dans ses livres, le debut de l'industrialisation et des gens cabossés par la vie.

bouchine 16/05/2015 09:50

Un peu moins Bazin mais Zola